Quel rôle pour l’entreprise dans la transition écologique post covid ?

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Des attentes à assumer

Aux côtés de la société civile et des pouvoirs publics dont on pointe régulièrement l’immobilisme ou le manque d’impact face à l’urgence économique et écologique, l’entreprise a un rôle crucial à jouer pour engager une relance durable.

85% des Français en sont d’ailleurs convaincus (source : étude BCG Juillet 2020).

Et cette attente est d’autant plus forte chez la jeune génération (Y) pour qui 76% d’entre eux placent le critère de la RSE au-dessus du salaire, dans leur recherche d’emploi (source : Cone communication).

C’est aussi une nécessité économique d’autant plus dans un monde déstabilisé par la pandémie où les prises de consciences et les tendances de fond comme le “mieux produire et consommer” s’accentuent.

En creux se pose la question des moyens et donc de l’équité face à cet engagement : la transition écologique est-elle un luxe réservé aux grandes entreprises ou doit-elle concerner toutes les entreprises de la start up au CAC 40 ?

Comme le raconte joliment Pierre Rabhi dans la légende du colibri qui versait quelques gouttes d’eau pour éteindre l’incendie, l’important est de faire sa part.

3 facteurs clés entrent alors en jeu pour favoriser cet engagement :

la réglementation qui doit être adaptée à la taille et aux moyens de chaque entreprise, comme par exemple l’obligation de déclaration de performance extra financière pour les entreprises de +500 employés et avec un bilan supérieur à 20 millions d’euros ou avec chiffre d’affaires excédant 40 millions d’euros

la gouvernance au plus haut niveau de l’entreprise mais également via des relais RH, CSE, développement durable, afin de maximiser l’adhésion des salariés et l’impact escompté

l’accompagnement qui est une des questions clé notamment quand il s’agit de passer concrètement à l’acte

Un cadre réglementaire à renforcer

La loi PACTE en Mai 2019 a apporté des nouveautés en matière de RSE et de gouvernance, comme la notion d’ “entreprise à mission” et l’inscription de la raison d’être au sein de leurs statuts.

D’autres mesures, normes et projets de loi, comme récemment le forfait mobilités durables pour favoriser le développement des mobilités dites douces, au sein de la Loi d’Orientation des Mobilités, ont été adoptées.

Ce sont des avancées à souligner, mais aucune n’apparaît cependant encore suffisamment incitative et structurante face à l’urgence des défis.

Passer à l’acte et combler le gap entre discours et réalité

L’ancrage de la RSE comme véritable levier stratégique garantissant de vrais changements d’orientation de modèle, et non pas comme un simple levier de communication, doit être l’objectif recherché.

Ainsi, mettre en place une gouvernance au bon niveau, avec des moyens véritables pour agir, en assurant par exemple dans les grands groupes une place à part entière au responsable RSE au comité de direction, pourrait constituer un signal fort.

Une fois la gouvernance en place, la stratégie du “Calculer, Réduire, Mesurer” apparaît à ce jour comme la plus éprouvée.

Établir d’abord le bilan de son empreinte carbone pour lister les activités les plus émettrices de CO2; puis établir une matrice efforts / effets permettant de déterminer et de classer les projets en fonction de ce ratio; et enfin se concentrer sur les 20% des projets susceptibles de générer 80% des effets, sont généralement les 3 étapes clés.

On pourrait citer comme exemple les initiatives des géants comme Google ou Amazon qui ont récemment annoncé leur objectif de neutralité carbone respectivement pour 2030 et 2040, ou en France, Engie qui a lancé un programme pour récompenser ses clients éco-responsables.

Mais tout le monde n’est pas Google ou Engie et quand les moyens manquent, le bon sens est souvent le meilleur allié. Pour les PME aux moyens plus modestes qui souhaitent s’engager, il faut bien commencer quelque part.

Quand on sait que les transports représentent la 1ère source de gaz à effet de serre en France soit ⅓ des émissions totales, commencer par là peut avoir du sens.

Ainsi sur la partie diagnostic, des acteurs ont créé des outils à destination des RH, proposant une analyse et une optimisation des trajets Domicile-Travail des salariés pour mettre en place un plan de mobilité décarboné et optimisé.

Sur la partie, passage à l’action, l’entreprise Voodoo, éditeur Français de jeu vidéo d’environ 200 salariés, a elle mis en place en l’espace de quelques semaines et avec l’aide d’un partenaire, une plateforme permettant à ses salariés de s’acheter le deux-roues de leur choix (vélo, cargo, pliant, VAE, trottinette…) cofinancé par l’entreprise. Et in fine participer à changer les habitudes pour des modes de transport plus éco-responsables et à un coût abordable.

Une initiative vertueuse à la fois sur la qualité de vie au travail et sur la marque employeur.

Aller plus loin en incitant et accompagnant ses salariés sur d’autres sujets comme l’alimentation locale ou les énergies renouvelables, et en permettant de lever certains freins au changement, fait partie du rôle de l’entreprise d’aujourd’hui.

Saviez-vous par exemple qu’il était presque aussi simple de changer de fournisseur d’énergie que de forfait de téléphone et que certains fournisseurs d’énergie “vertes” étaient parfois moins chers que des fournisseurs classiques ?

Aujourd’hui le marché de la RSE côté prestataire est majoritairement composé de cabinets de conseils proposant des analyses ou des diagnostics, et d’agences en communication. Il manque encore de réels outils et solutions digitales pour faciliter et accélérer le passage à l’acte des entreprises.

Un mouvement est cependant en marche et plusieurs jeunes entreprises émergent sur ce créneau du passage à l’action, complémentaire à l’offre de diagnostic, notamment sur le secteur des mobilités douces pour décarboner la mobilité de ses collaborateurs.

Si les projets RSE les plus structurants vont demander probablement une révision en profondeur de la chaîne de valeur, voire même un changement du modèle économique de l’entreprise, ces changement sont nécessaires et devront être accompagnés car l’immobilisme s’avère souvent pire à long terme.

A chacun donc, sans attendre, de prendre ses responsabilités !

Oscar Ritaly, Associé et CMO chez BeeToGreen

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